
Cuisine française, moderne, créative
Entre Bastille et Saint-Paul, au cœur du Marais, Soé s’impose comme une adresse singulière, aussi vivante que maîtrisée, où la bistronomie parisienne dialogue avec une culture du goût résolument asiatique. Dans un 4ᵉ arrondissement qui ne manque pas de tables, le lieu se distingue par une identité affirmée : une cuisine de marché précise, des assiettes ciselées, et cette énergie conviviale qui évoque les izakaya japonais, ces maisons où l’on vient autant pour partager que pour se régaler. Aux commandes, les chefs Paul Grillo et Nicolas Santamaria défendent une ligne claire : produits locaux, artisanaux, saisonnalité stricte, et une approche instinctive du menu. La carte, volontairement évolutive, se construit au fil des arrivages : une trame solide de plats signatures et, autour, des créations plus spontanées, inspirées par le marché et par l’envie du jour. Le produit français, poissons de criée, volailles fermières, viandes sélectionnées avec exigence, est ici le point d’ancrage, sublimé par un travail précis sur les condiments, les sauces, les épices, toujours dosés avec mesure. Rien n’écrase, tout souligne. Ce qui frappe chez Soé, c’est la justesse : les cuissons sont nettes, les assaisonnements tendus, les équilibres savamment travaillés entre iode, acidité, umami et touches pimentées. La cuisine assume une grande générosité aromatique, sans jamais basculer dans l’esbroufe. Chaque semaine, le menu se renouvelle, offrant au client une vraie dynamique : on revient pour être surpris, et l’on repart avec le sentiment d’avoir découvert une nouvelle facette de la maison. La cuisine ouverte participe pleinement à l’expérience. Elle installe une proximité immédiate, presque théâtrale, où le geste se voit, où la précision s’observe, et où l’atmosphère gagne en spontanéité. Cette transparence renforce l’esprit de partage et ancre le restaurant dans une convivialité sincère, sans perdre en niveau d’exécution. Le décor, lui, cultive l’apaisement : inspirations d’Ikébana, compositions florales délicates, photographies d’Asie glanées au fil des voyages de Paul Grillo, Vietnam, Thaïlande, Corée, Cambodge, Laos, comme autant de fragments de mémoire qui infusent l’identité du lieu. Soé prend alors des allures de carnet de route gastronomique, où chaque assiette raconte une escale, un parfum, une texture. Pour accompagner, la sélection de vins et de sakés, pensée avec attention, prolonge cette lecture précise des saveurs et permet des accords particulièrement pertinents, capables de soutenir aussi bien une sauce complexe qu’un plat tout en finesse. Soé coche ainsi toutes les cases d’une adresse contemporaine réussie : chic sans raideur, décontractée sans facilité, inventive mais lisible, toujours centrée sur le goût. Une table à découvrir d’urgence dans le Marais et à revisiter, car c’est souvent là qu’elle devient réellement addictive.